Canelle
Syndrome de l'imposteur en vente : et si tu cherchais ta légitimité au mauvais endroit ?
Avoir confiance face à un décideur plus expérimenté, sans attendre de se sentir légitime.

Plus le client est gros, plus la petite voix parle fort. Et si ce doute ne disait pas que tu manques de légitimité, mais que tu la cherches au mauvais endroit ? Et avant d'aller plus loin : écoute l'épisode de Radio JAB. Écouter l'épisode de Radio JAB
newsletter
une semaine, un jab
Ces sujets te parlent ?
Reçois chaque nouvel article directement dans ta boîte mail.
« Il faut que je fasse encore plus pour être reconnue. » Héloïse Rozès, CEO de Corma, sur la petite voix qu'elle entendait face aux décideurs
Tu as un gros deal en face de toi. Le dirigeant que tu vas rencontrer fait ce métier depuis quinze ans, ta boîte en a deux, et tu n'as pas cinquante logos à mettre sur une slide. Pendant ta préparation, la voix tourne : il va voir que je suis trop jeune pour être expert, pourquoi il m'écouterait, moi. Alors en rendez-vous, tu ne lui demandes pas ce que son problème lui coûte, parce que tu ne te sens pas légitime à creuser. Et quand il pose une objection, tu évites d'y répondre de front, de peur qu'en tirant le fil il découvre qu'il n'y a rien derrière.
Héloïse Rozès a vécu ça avec un handicap de plus : jeune, femme dans un milieu qui en compte peu, personne ne savait qu'elle codait le produit, et face aux décideurs on la prenait pour la stagiaire. Elle n'a pas répondu à la voix en faisant plus. Elle a regardé ce qu'elle avait déjà, et elle a compté. Dans cet article, on ne cherche pas à te soigner du syndrome de l'imposteur en vente. On regarde où tu as posé ta légitimité, et où elle serait mieux.
La voix se trompe d'endroit, pas de sujet
Le syndrome de l'imposteur en vente, c'est la peur qu'un prospect découvre que tu n'es pas aussi compétent, expérimenté ou crédible que tu le laisses penser. Et il se déclenche presque toujours au même moment : quand tu montes d'un niveau. Un panier moyen jamais atteint, un décideur plus senior, un nouveau marché. Steph, qui lui a consacré un épisode de Radio JAB, le compare au péage à l'entrée de l'autoroute : pour quitter ta départementale et aller plus loin, il faut payer le petit péage. Ce n'est pas une maladie, c'est un signal, et le premier travail est de le décoder.
Ce qu'il te dit, la plupart du temps, c'est que tu portes une croyance limitante : un discours interne négatif énoncé comme un fait. « Je suis trop jeune pour être expert. » « Ma boîte est trop jeune. » « Il connaît son métier mieux que moi. » La troisième est vraie, et heureusement. Les deux premières confondent l'expérience et l'expertise, et c'est là que se joue tout le sujet. Une croyance ne s'efface pas, elle se remplace par une meilleure : tu n'es pas légitime sur les réponses que tu es censé apporter, tu es légitime sur les questions que tu poses.
Héloïse Rozès a compté 600 personnes
Corma, la boîte d'Héloïse, gouverne les identités, les accès et l'impact des logiciels dans une entreprise. Son premier contrat a été signé à dix euros. Un an plus tard, elle signait 90 000 euros sur trois ans avec un DSI. Entre les deux, pas de déclic : elle a appris à poser les questions qui fâchent, à les poser avec légitimité, et à faire décider l'autre.
La légitimité, elle ne l'a pas trouvée dans son titre ni dans son âge. Elle avait des brevets dans une autre industrie, et surtout elle avait parlé à 600 personnes de l'IT. Le DSI d'en face devenait le 601e. Elle n'avait jamais été DSI, mais elle connaissait leurs problèmes mieux que chacun d'eux pris seul. C'est toute la nuance : la légitimité vient d'une vue d'ensemble que ton interlocuteur n'a pas. Lui connaît sa boîte. Toi, tu as vu trente boîtes comme la sienne.
Et les dix euros du premier contrat ? Ils viennent d'une question qu'elle n'a pas posée : combien ça te coûte de ne pas régler le problème. « On n'osait pas le demander parce qu'on voulait pas entendre la réponse. » Tu reconnais le mécanisme : on croit protéger le deal en évitant la question, et on le vide de sa valeur. C'est l'autre frein qui se cache derrière l'imposteur, le besoin d'approbation. Tu veux être apprécié de ton prospect, donc tu évites ce qui pourrait déranger. Sauf qu'un prospect n'a pas besoin de t'apprécier. Il a besoin de te respecter, et il respecte celui qui lui pose la question que personne ne lui pose.
Ta valeur est dans tes questions, pas dans tes réponses
Vendre, c'est faire bouger l'autre. Le mettre en action, lui faire voir un angle mort, chiffrer quelque chose qu'il ressent mais ne mesure pas. Pour ça, tu n'as pas besoin d'un produit parfait ni de quinze ans d'expérience. Tu as besoin de questions qui méritent d'être posées. C'est la posture du médecin : avant l'ordonnance, il pose des questions, y compris celles qui dérangent, et c'est ce qui rend service.
Un dirigeant en poste depuis longtemps est souvent assez seul. Il utilise les mêmes solutions encore et encore, et personne autour de lui ne vient bousculer son regard. Quelqu'un qui arrive avec de la fraîcheur et une question qu'il ne s'est pas posée depuis des années a une valeur énorme pour lui. Encore faut-il oser. Les questions sont simples à écrire, moins simples à sortir : « Qu'est-ce que ce problème vous coûte aujourd'hui ? », « Qu'est-ce qui se passe si vous ne le réglez pas cette année ? », « Pourquoi vous dites ça ? ». Pose-les, et attends la réponse, jusqu'à l'enjeu.
Personne n'attend que tu aies toutes les réponses à tout. Est-ce que toi, tu l'attends de quelqu'un ? Le jour où ta valeur est posée là, il n'y a plus rien à démasquer.
Trop poli pour prendre le lead
Tristan Thommen, fondateur de Koncile, a passé six à sept ans dans la recherche en sciences cognitives avant de monter sa boîte. Son blocage n'était pas la peur d'appeler : il parlait à des clients du matin au soir. C'était un excès de politesse. « Les gens ne veulent pas que tu sois poli, ils veulent que tu prennes le lead sur le truc. » Être trop respectueux fait du mal aux deals, et même du mal aux clients, parce que tu ne leur apportes pas la valeur que tu pourrais. Sa conclusion : ce n'est pas de l'agressivité, c'est rendre service au client.
Le deal qui l'a convaincu est un grand compte au Royaume-Uni, 60 000 euros de revenu annuel récurrent. Il était déjà dans le pipe. Tristan est allé le chercher plus franchement qu'il ne l'aurait fait, et il l'a closé, alors que sans ça, pense-t-il, le deal aurait fini par mourir. Ce qu'il s'est dit à ce moment-là : en fait, ça marche. Tu appelles et tu dis, bon, on y va.
Quand tu as ce doute, « je ne veux pas qu'il pense que je suis trop agressif », regarde de qui parle la phrase. Elle parle de toi. Pas de lui, pas de son problème. Le syndrome de l'imposteur te recentre sur ton image au moment où la vente demande d'être 100 % à propos d'eux. Le décentrage n'est pas une technique, c'est un changement de regard, et il s'entraîne.
La porte que François s'est prise n'était pas si grosse
François de Fitte, cofondateur de Basalt avec Guillaume Marquis, a une ambition assumée sans filtre : créer une licorne. Et il n'osait pas appeler les décideurs des grands groupes. La réalité, dit-il, c'est que c'est un humain comme n'importe qui, tu te mets simplement plus de barrières. Il n'y a pas eu de déclic, plutôt des barrières levées une à une. Pourquoi tu n'as pas appelé la personne au-dessus ? Pourquoi tu lui as proposé ce prix-là et pas plus cher ? Tu l'essaies une fois, tu vois que ça passe, tu prends l'habitude.
Son moment le plus utile n'est pas une victoire. C'est un bash reçu d'un CTO de grand groupe, où il s'enfonçait un peu plus à chaque phrase. Il est ressorti persuadé qu'il ne rappellerait plus jamais personne, et il lui a fallu une semaine pour s'en remettre. Quelques jours plus tard, il publie un post LinkedIn. Le même homme like le post et laisse un commentaire amusant. La porte dont tu as peur existe, François s'en est pris une mémorable, et elle n'était pas si grosse. On surestime énormément le temps que les gens passent à nous regarder : la personne qui te scrute le plus, c'est toi.
Depuis, les gros deals de Basalt sont passés de 12 000 euros à une moyenne entre 50 et 70 000, sans que François soit devenu quelqu'un d'autre. Il a changé la personne à qui il parle, et le problème dont il lui parle.
Quand le prospect te dit que ta boîte n'a que deux ans
« Votre boîte existe seulement depuis deux ans ? » Ton cerveau entend qu'il a découvert la fraude, et tu pars : les fondateurs, les expériences précédentes, les clients, la roadmap, le financement. Stop. Tu as deux autoroutes. Celle de la justification, qui se passe mal. Et celle du challenge : « Oui. Est-ce que c'est un problème pour vous ? » Puis le silence.
Souvent, la question était en pilote automatique, et l'autre s'en rend compte. Parfois elle est réelle, et c'est une bonne nouvelle : tu viens de découvrir la vraie objection, et tu peux la traiter au lieu de te défendre contre quelque chose qu'il n'avait pas dit. Une objection est un signal que le process a sauté une étape. Si le doute porte sur ta solidité, c'est que la découverte n'a pas montré assez de valeur pour que l'âge de ta boîte devienne secondaire.
Et méfie-toi du réflexe inverse, le name dropping. Steph raconte dans l'épisode un client qui attaque un nouveau marché et remplace l'expertise qu'il n'a pas encore par « je travaille déjà avec untel et untel », alors que sur son marché historique il prend ses rendez-vous sur un insight. Il pioche sur son livret A crédibilité parce que sa banque expertise est à sec. Tu sais quand tu fais ça, et ça nourrit le doute que tu essaies de calmer.
Le mot qui transforme le doute en plan
Qu'est-ce que tu peux faire dès aujourd'hui ? Prends la phrase que la voix te répète, et ajoute « encore ». Pas « je ne suis pas légitime pour vendre à ce niveau de décideur », mais « je ne le suis pas encore ». Puis ne t'arrête pas là. Quand le seras-tu ? Pas une date : un volume. Combien de dirigeants de ce niveau tu dois avoir rencontrés, combien de rendez-vous à ce panier tu dois avoir menés, combien de fois tu dois avoir posé la question du budget sans baisser la voix, et pour quand.
Tu viens d'écrire un plan d'action avec des objectifs et une deadline, à la place d'un diagnostic sur toi-même. Si le doute révèle un vrai manque, tant mieux, tu as trouvé ton prochain chantier : rencontrer dix personnes de ce marché, interviewer des CFO, analyser la mécanique d'un deal à 100 000 euros. Si c'est la peur d'être jugé, va au rendez-vous quand même. Héloïse n'a pas attendu de se sentir légitime pour parler au 601e. Elle a compté les 600 premiers.
Les questions qu'on nous pose
Comment avoir plus confiance en soi en vente ?
Déplace ta valeur de tes réponses vers tes questions, puis accumule les situations qui te font peur jusqu'à ce qu'elles deviennent familières. La confiance se construit par l'action : répéter en simulation, préparer ses rendez-vous, chiffrer le volume d'expériences qu'il te manque.
Comment être crédible face à un dirigeant plus expérimenté ?
Avec des faits qu'il n'a pas : une vue d'ensemble sur son marché, des questions qu'il ne se pose plus, un angle mort qu'il banalise. Tu n'as pas besoin d'en savoir plus que lui sur son métier, tu as besoin de le faire réfléchir autrement.
Que répondre à un prospect qui doute de la jeunesse de ta boîte ?
Ne te justifie pas. Demande-lui si c'est un problème pour lui, et laisse le silence. Tu distingues ainsi une remarque en pilote automatique d'une vraie objection, que tu peux alors traiter.
Le syndrome de l'imposteur est-il un manque de confiance en soi ?
Pas forcément. En vente, il apparaît surtout quand tu montes d'un niveau : plus gros client, décideur plus senior, nouveau marché. L'enjeu est de distinguer l'inconfort d'une situation nouvelle d'un manque réel, que tu peux chiffrer et travailler.
À lire aussi sur le sujet
Syndrome de l'imposteur : un signal, pas une maladie, l'épisode solo de Steph, avec le péage, le mot « encore » et le name dropping dans le détail.
Qualifier un prospect : son problème vaut 10 € ou 100 000 € ?, parce que la question qu'Héloïse n'osait pas poser a son étape dans le process.
Sales story : le héros de ta vente, c'est le prospect, pour poser ta légitimité dans ses problèmes plutôt que dans ton pitch.
Retour à l'accueil
Articles
Vous aimerez aussi
Découvrez d'autres conversations inspirantes du même format.
newsletter
Ne ratez rien
Recevez chaque nouvel épisode directement dans votre boîte mail.


