Stéphanie Pfeiffer

Qualifier un prospect : son problème vaut 10 € ou 100 000 € ?

Comment qualifier un prospect ?

Auteur

Stéphanie Pfeiffer

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8

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Ton prospect t'a dit "c'est important", et tu as rangé le deal parmi les presque signés. Et si la seule question qui comptait, c'était : combien ?

Et avant d'aller plus loin : écoute absolument l'épisode de Radio JAB avec Héloïse Rozès, CEO de Corma. Elle y raconte son premier contrat (10 €, tu as bien lu) et la question qu'elle n'osait pas poser.

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« Le premier contrat qu'on a signé, tu vas rigoler, c'est un contrat à dix euros. » - Héloïse Rozès, CEO de Corma

Tu sors d'un premier rendez-vous qui s'est bien passé. Ton prospect a hoché la tête aux bons moments, il a dit "c'est un vrai sujet pour nous", il t'a même demandé une proposition. Dans ton CRM, le deal passe à l'étape suivante, et une petite voix s'installe : il a dit que c'était important. S'il le dit, c'est que ça l'est. Quelques semaines plus tard, il signe, pour un montant que tu n'oses pas annoncer à tes associés.

Bienvenue dans la crédulité face au prospect.
Le réflexe, c'est de te dire que tu as mal closé, ou mal négocié. Chez JAB, où on coache les fondateurs B2B et leurs équipes sur la vente, on préfère rembobiner jusqu'au moment où ton prospect a dit "c'est important" et où tu n'as pas demandé combien. Parce que le deal se signe au prix du problème, pas au prix de ta solution.

Dans cet épisode de Radio JAB, Steph reçoit Héloïse Rozès, CEO de Corma, qui a mis un an à passer d'un premier contrat à 10 € à un deal à 90 000 €. Entre les deux, elle a appris à demander ce qu'elle n'osait pas demander, même la main tremblante.

Pourquoi "c'est important" ne suffit pas pour qualifier ton prospect ?

Parce que "c'est important" est une opinion, pas un prix, et que tu l'as prise pour un fait. On appelle ça la crédulité face au prospect : l'un des huit freins psychologiques de la vente, celui qui te fait croire les déclarations confortables de ton prospect sans les vérifier.

Le premier client de Corma était un beau nom, et il a signé. Pour 10 €, à partager entre trois cofondateurs : Héloïse a fait la division au micro, trois euros trente chacun. Son verdict : « on a totalement raté notre négo. » Le client, lui, n'est pas resté.

Sauf que, tu t'en doutes, la négo n'était que le symptôme. Le prospect avait dit que le sujet comptait, et toute l'équipe l'a cru. Dans ses mots, ils sont tombés « les pieds et les poings liés dans la croyance de : si lui me dit que c'est important, c'est que ça l'est. » Et elle ne se cherche aucune excuse : « on se mentait à nous-mêmes, on le savait. »

Ton prospect ne ment pas par malice, mais ses déclarations confortables doivent être vérifiées. Il trouve ton sujet important, comme tous les autres sujets de sa semaine, et le seul moyen de savoir à quel point, c'est un chiffre. Ici, personne ne l'a demandé, alors le chiffre est arrivé tout seul, imprimé sur le contrat.

Et si toi aussi tu as un contrat à 10 € dans ton historique, respire. Steph le dit au micro à tous ceux qui démarrent : « guys, on s'en fout. Même si ta première vente, elle est à 10 euros, déjà, il y a un chiffre. »

Quelle différence entre quantifier le problème et qualifier ton prospect ?

Quantifier, c'est faire chiffrer à ton prospect ce que lui coûte son problème, et qualifier, c'est vérifier qu'il a le budget, la décision et le timing pour le régler avec toi. Dans le process JAB, tu quantifies d'abord, tu qualifies ensuite.

L'ordre complet tient en cinq étapes : trouver les problèmes, quantifier et créer l'urgence, qualifier, présenter la solution, puis le closing. Si tu qualifies en premier, tu demandes un budget pour une douleur qui n'a pas encore de prix, et ton prospect te répondra, logiquement : "On n'a rien prévu pour ça cette année."

Héloïse le reconnaît pour son premier contrat : ils avaient mal qualifié l'entreprise et mal jaugé l'échelle du problème. Normal, personne n'avait demandé combien il coûtait.

Et toi ? Peut-être que tu sautes les deux étapes. Tu entends "c'est un sujet chez nous", tu fonces à la démo, tu envoies une proposition, un planning de déploiement et, pourquoi pas, une idée de nom pour le projet. Puis tu découvres la qualification le jour où ton prospect dit "je vais réfléchir".

Quelles questions poser pour savoir combien vaut le problème de ton prospect ?

Demande-lui combien son problème lui coûte, d'ici quand il doit être réglé et ce qu'il l'empêche de faire. Lui demander s'il est important ne sert à rien : il te répondra oui.

Héloïse les a listées en repensant à ce premier contrat : « est-ce que c'est un problème qu'il va résoudre dans les trois prochains mois ? Un problème qui vaut 100 000 euros ? Un problème qui l'empêche de dormir ? »

Pourquoi ces trois-là ? Parce qu'un souci qui coûte 10 €, personne ne se lève pour le régler, alors qu'à 100 000 €, ton prospect s'y met dès demain, et il trouve le budget en route.

Ces questions te paraissent intrusives ? Pense à ton médecin. Il ne te demande pas si tu as "un peu mal" : il demande où, depuis quand, et ce que ça t'empêche de faire. Et tu ne lui en veux pas, parce que c'est comme ça qu'il trouve. Un médecin qui pose des questions dérangeantes rend service, et tu fais la même chose quand tu demandes combien ça coûte.

1. Fais-lui raconter le problème, pas le sujet

Un sujet, c'est "on devrait structurer notre prospection". Un problème, c'est "on a raté l'objectif du trimestre faute de rendez-vous". Tant que tu n'as qu'un sujet, tu n'as rien à chiffrer, alors creuse jusqu'à la scène : "La dernière fois que c'est arrivé, qui en a payé les conséquences ?"

2. Mets un prix dessus, avec lui

"Si rien ne change, qu'est-ce que ça vous coûte sur l'année ?" Le chiffre n'a pas besoin d'être juste au centime, mais il doit venir de lui : une douleur que ton prospect a chiffrée lui-même devient la sienne. S'il sèche, donne un ordre de grandeur, puis demande "et chez vous ?". Et boum : son "c'est important" vient de devenir un montant, et un montant, ça se défend devant un boss.

3. Mets une date dessus

"D'ici quand faut-il que ce soit réglé ?" Puis la question d'Héloïse, à ta façon : "Est-ce que ça vous empêche de dormir ?" Un problème cher qui peut attendre un an reste le chantier de l'année prochaine. Chiffré et daté, il devient une urgence, et c'est seulement là que la qualification commence.

Pourquoi tu n'oses pas demander à ton prospect combien ça lui coûte ?

Parce qu'une réponse chiffrée peut tuer ton deal en une phrase. Tant que tu ne demandes pas, tu gardes l'espoir au chaud.

Steph la relance au micro, avec la question que tu te poses sûrement : « vous osiez pas le demander ? » Réponse du tac au tac : « On n'osait pas le demander parce qu'on voulait pas entendre la réponse en fait. » Et pour cause : « on était trop contents, parce que c'était un beau nom quand même. »

Tu vois la boucle ? Tu as envie de croire ton prospect, donc tu n'oses pas vérifier, et comme tu ne vérifies pas, tu le crois encore plus. Les freins se nourrissent entre eux : ta crédulité face au prospect vit de ta peur d'entendre la réponse, et tant que la question n'est pas posée, le beau nom reste dans tes prévisions.

La bonne nouvelle, c'est que la peur ne part pas avec l'expérience. Oui, c'est une bonne nouvelle : tu n'as pas à attendre qu'elle parte pour demander. Sur le deal à 90 000 €, Héloïse le raconte sans détour : « J'avais la main qui tremblait au téléphone. » Elle a demandé quand même.

Comment savoir si ton prospect a le budget ?

Demande-lui qui doit être convaincu que ce problème vaut d'être réglé, puis aide-le à convaincre cette personne. Le décideur n'a pas de budget, il définit le budget.

Ton interlocuteur te dit qu'il doit "en parler à son boss" ? Tant mieux : tu sais enfin qui définit le budget.

Prends le DSI du deal à 90 000 €. Héloïse prévient au micro : « on va l'appeler Stanislas, mais ce n'est pas son vrai nom. » En face de lui, une start-up d'un an qui avait levé 650 000 €, autant dire rien à l'échelle de l'IT. Au-dessus de lui, un boss qui gérait des budgets de dizaines de millions d'euros. Pour Stanislas, signer, c'était un pari de carrière, et Héloïse le dit plus simplement : « il risquait sa peau hein. »

Mais son problème à lui ne pouvait plus attendre : la vague de l'IA arrivait, personne ne l'accompagnait, et il était sous l'eau. Alors Héloïse est restée derrière lui chaque semaine, chaque fois qu'il devait parler à son boss. À la signature, elle a compris qu'elle avait fait plus que vendre : elle lui avait appris à vendre le projet en interne.

Si ton interlocuteur n'a pas la main sur le budget, ton travail, c'est de l'armer pour convaincre celui qui le définit, chaque semaine s'il le faut.

Comment transformer un POC en contrat ?

Propose à ton prospect la durée qui règle son problème, puis demande-lui clairement oui ou non. Mieux vaut perdre vite que d'entretenir un pilote qui ne prouvera rien.

Ton prospect te propose un "petit pilote pour voir" ? Tu connais la suite : un mois d'essai, un retour "plutôt positif", et une décision repoussée au trimestre prochain. Stanislas, lui, partait sur un POC d'un mois. Héloïse l'a mis sur un contrat de trois ans, avec un argument tiré de sa situation à lui. Ses contrats logiciels durent trois ans, donc un mois ne prouverait rien, et un an non plus. Puis elle a posé la question qui pouvait tout faire perdre : « est-ce que c'est trois ans ? Est-ce que c'est rien ? »

Tu trouves ça risqué ? Elle pouvait tout perdre, oui. Mais un POC d'un mois, c'était un peut-être confortable, et Stanislas serait resté sous l'eau. Il a signé pour trois ans.

Et si c'est non ? Héloïse a une phrase pour ça : « Un non, c'est jamais vraiment un non. » Pour elle, un non veut souvent dire « pas tout de suite ». Rappelle ton prospect dans trois mois, à une date notée, plutôt que de le relancer dans le vide.

Comment préparer un rendez-vous pour qualifier ton prospect ?

Écris avant d'entrer la phrase exacte qui fera chiffrer son problème à ton prospect, et pose-la avant de parler de ta solution. En rendez-vous, tu auras déjà un beau nom à protéger.

Héloïse donne un exercice aux fondateurs qui débutent : deux heures en silence pour écrire tout ce que tu ne veux pas voir arriver, jusqu'à « je veux pas qu'il me noshote ». Ensuite, tu compares la liste à ton process, et elle prévient : « Ça matche jamais ».

Steph y reconnaît la prépa de rendez-vous qu'on fait avec nos clients : « la question la plus importante, c'est comment je le perds, où je le perds et comment je rebondis face à ça. » Sur ta liste, il y aura au moins cette ligne : "Je ne veux pas ressortir avec un c'est important et aucun chiffre."

Alors, qu'est-ce que tu peux faire dès aujourd'hui ? Ouvre le prochain rendez-vous de ton agenda et écris en haut de tes notes la question à 100 000 € : "Si rien ne change, qu'est-ce que ça vous coûte sur l'année ?" Et si elle te gêne au moment de la poser, pense à ton médecin : il ne s'est jamais excusé de te demander où ça fait mal.

Les questions qu'on nous pose sur la qualification d'un prospect

Comment qualifier un prospect ?

Vérifie que ton prospect a le budget, la décision et le timing pour régler avec toi un problème déjà chiffré et daté. Dans la méthode JAB, la qualification vient toujours après la quantification. Tant que rien n'est chiffré, ton prospect reste un suspect : il n'est pas encore un prospect challengé, encore moins un prospect qualifié.

Quelles questions poser pour qualifier un prospect ?

Commence par celles qui chiffrent le problème : combien il coûte, d'ici quand il doit être réglé, ce qu'il empêche aujourd'hui. Viennent ensuite celles qui qualifient : qui doit être convaincu que ça vaut d'être réglé, avec quel budget, et pour quand.

Faut-il disqualifier un prospect qui ne chiffre pas son problème ?

Oui, pour l'instant, une fois que tu as essayé de le chiffrer avec lui : sans chiffre, il reste un suspect et n'a aucune raison de décider maintenant. Un non rapide vaut mieux qu'un peut-être infini, alors note une date pour le rappeler et passe au suivant.

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