Stéphanie Pfeiffer
Closer 90K€ sans faire de démo : Basalt | Radio JAB #88
"La démo, c'est pour les faibles" : c'est le mantra que François et Guillaume ont forgé pour Basalt.Ils peuvent le défendre : ils ont signé 90K€ sans en faire. Dans cet épisode, on plonge dans les coulisses de Basalt.

François de Fitte et Guillaume Marquis
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"Si tu n'es pas capable de vendre très cher ton produit, c'est que tu résous pas un vrai problème. Et si tu résous pas un vrai problème, c'est dix fois plus dur de le vendre."
Guillaume et François, c'est une ambition assumée sans filtre. Créer une licorne. Sonner la cloche du Nasdaq. Ils le disent à leurs équipes, à leurs investisseurs, et à leur coach JAB.
Le problème, c'est que l'ambition ne suffit pas.
Quand ils arrivent chez JAB, ils font 5 rendez-vous par semaine, leurs deals plafonnent à 12K, et François n'ose pas appeler les décideurs des grands groupes. Deux mois plus tard, 20 rendez-vous par semaine, des deals à plusieurs centaines de milliers d'euros, et une vente à 90K conclue sans une seule démo.
Ce qu'on aborde dans cet épisode :
Pourquoi François a tout lâché pour rejoindre Guillaume après une seule bière un mardi soir
"T'as pas assez envie de réussir" : le challenge de Georick qui a tout déclenché
Passer de 5 à 20 rendez-vous par semaine, et de deals à 12K à des centaines de milliers d'euros
Le bâche stellaire : se faire raccrocher au nez par un C-level d'un grand groupe, et pourquoi c'est le meilleur moment JAB de François
"La démo, c'est pour les faibles" : comment ils ont closé une vente à 90K sans jamais ouvrir leur outil
Deux fondateurs, une IA à laquelle on doit pouvoir faire confiance
Le point de départ de Basalt est un problème connu de tous : une IA qui part en hallucination. Quand l'IA joue un rôle stratégique dans ton entreprise, les conséquences peuvent être désastreuses, et cette fiabilité se joue dans les derniers pourcentages du développement.
Guillaume a démarré le projet en juillet 2024 avec le studio eFounders EXA, et cherche un cofondateur quelques mois plus tard. François vient de quitter Popchef et se fait mettre en relation par Thibaut Elzière, qui chapeaute EXA. Ils prennent une bière un mardi soir, Guillaume part pour San Francisco le samedi, François prend ses billets le soir même. Trois semaines ensemble sur place, et la décision est prise. François explique cette rapidité par sa confiance dans son intuition, qu'il compare à un LLM : la somme de tout un tas d'expériences digérées. En arrivant, il ne comprenait pas vraiment ce que faisait Basalt. Ce qu'il avait compris, c'est que l'équipe était phénoménale.
Avec un rappel à l'humilité assez immédiat. À San Francisco, Matt, le partenaire d'EXA, lui confie le pitch d'un rendez-vous. François déroule, l'ingénieur en face ne comprend rien, et il ressort très content de lui. Verdict de Matt : sur le fond et sur la forme, c'était vraiment nul.
Assumer une ambition, puis la décomposer
Le premier rendez-vous avec Georick n'a pas porté sur la technique de vente. François dit avoir besoin de plus de rendez-vous et qu'il a juste besoin de s'y mettre. Georick lui demande ce qui l'en empêche, puis lui envoie que peut-être il n'a pas assez d'ambition, et qu'il peut aussi choper un job plus tranquille. François le décrit comme horrible à vivre sur le moment, et comme le bon trigger.
Parce que l'ambition, chez Basalt, est revendiquée. Ils disent ouvertement vouloir créer une licorne, ce qui n'est pas simple en France. Afficher l'objectif leur donne une direction et aligne tous les choix qui suivent. Ce que François retient de la réaction de Georick, c'est qu'il n'a pas sauté au plafond. Il a dit ok, et il a enchaîné : tu veux créer une licorne, qu'est-ce que tu as mis en place pour y arriver, c'est quoi le step one ?
Le décalage culturel, ils l'ont mesuré. Lors d'une levée récente, ils présentaient une slide avec 100 millions en 2030 et le Nasdaq en 2032. Réponse des interlocuteurs américains : trop européens, trop petits bras, il faut le Nasdaq en 2030. Et ce n'est pas une blague chez eux : ils disent à tout le monde qu'ils vont acheter une cloche pour s'entraîner pour le jour J.
Lever les barrières une par une
Entre le Nasdaq et le fait de prendre son téléphone, il y a un grand écart. Le premier win notable a été de changer la taille des paniers ambitionnés : on parlait de deals à 6, 8, 10K en pipe review, alors que le problème que Basalt résout est d'une tout autre nature.
La logique est imparable : si tu parles à un très gros acteur, voire à un Meta, ce que tu vas régler pour lui n'a rien à voir avec un investissement de 6 000 euros. Encore faut-il oser appeler le décideur d'une boîte de cette taille, et c'était le facteur limitant. La réalité, dit François, c'est que c'est un humain comme n'importe qui : tu te mets simplement plus de barrières.
Il n'y a pas eu de déclic unique, plutôt des barrières levées une à une. Pourquoi tu n'as pas appelé la personne au-dessus ? Pourquoi tu lui as proposé ce prix-là et pas plus cher ? Tu l'essaies une fois, tu vois que ça passe, tu prends l'habitude. Et il y a un effet multiplicateur : débloquer le premier gros client est très dur, appeler ensuite les clients du même univers devient beaucoup plus facile. L'échec, lui, n'a pas son équivalent négatif : tu surdimensionnes le premier, alors que quand tu en accumules, ce n'est pas si grave.
Les chiffres
Le résultat se lit dans deux séries. Sur le volume d'abord : entre 3 et 5 nouveaux rendez-vous par semaine quand Georick est arrivé. Aujourd'hui, 20 par semaine. Et malgré ça, la consigne reste de ramener de nouveaux rendez-vous, pas seulement de faire avancer le pipe. Sur la taille des deals ensuite : les gros étaient à 12K d'ACV, aujourd'hui il n'y a pratiquement plus rien en dessous de 30K, la moyenne se situe entre 50 et 70, et ça monte jusqu'à plusieurs centaines de milliers.
Deux facteurs expliquent la partie volume. Le recrutement de Martin, qui a craqué l'outbound LinkedIn en très peu de temps. Et le fait d'avoir trouvé le bon message et la bonne personne à qui le donner : une fois que tu sais quel message marteler, les gens comprennent le sujet dont tu leur parles et te mettent assez peu de bâches.
Le bash, et ce qu'il apprend vraiment
Le moment JAB de François n'est pas une victoire. C'est un bash stellaire, reçu d'un CTO de grand groupe. François s'enfonçait un peu plus à chaque phrase. Il est ressorti déprimé, persuadé qu'il ne rappellerait plus jamais personne, et il lui a fallu une semaine pour s'en remettre.
La suite est plus drôle. Quelques jours plus tard, François publie un post LinkedIn. Le même homme like le post et laisse un commentaire amusant. Soit il avait oublié, soit il n'était pas si vénère que ça. La leçon est là : le premier truc qui te bloque en vente, c'est la peur de te prendre une porte. Il s'en est pris une énorme, et elle n'était finalement pas si grosse. Tu ne te prends jamais complètement une porte définitive. Au moment de l'enregistrement, il ne l'avait toujours pas rappelé, et Guillaume faisait les gros yeux.
Vendre un problème, pas un produit
C'est le cœur de l'épisode et ce qui rend la phrase du titre défendable. Quand tu fais une démo, tu parles de toi, pas de ton prospect ni de ses problèmes. Le plus efficace, c'est de faire parler la personne en face.
François le formule aussi côté prix : quand tu n'es pas capable de vendre ton produit très cher, c'est que tu ne résous pas un vrai pain. Et si tu ne résous pas un vrai pain, c'est dix fois plus dur à vendre. Vendre 300 000 euros à un très grand compte un truc qui a vraiment de la valeur pour lui est plus simple que vendre 10 000 euros à une startup.
Ce que Guillaume ajoute est plus fin. Ils pensaient déjà répondre à un problème, sauf qu'ils travaillaient sur des problèmes très micro. Ce n'est pas ce que la personne te donne comme problème : c'est plus global, plus high level. En user discovery, ça t'évite de te focaliser sur ce que la personne croit être la solution produit à son problème, pour aller chercher le problème originel.
François reconnaît d'ailleurs qu'il est arrivé en se disant plutôt bon commercial. Il cite le Dunning-Kruger : tu penses savoir, tu creuses, tu découvres que tu ne sais rien, et la courbe vers le niveau expert est très lente. Le travail sur la conversion et le challenge est maintenant leur priorité, et il leur coûte, parce qu'il demande d'être un peu dur.
La vente avant le produit
Sur la question de savoir pourquoi un fondateur doit s'y mettre tôt, la réponse de François est nette. On dit que le first time founder est obsédé par le produit et le second time founder par la distribution. Il y a plein d'exemples de produits qui ne sont pas les meilleurs du marché et qui gagnent la course. Être capable de vendre est donc le step one, avant même le produit : tu peux très bien vendre un produit qui n'existe pas encore, en bêta, avec un design partner ou une waiting list.
Et la conclusion remet la démo à sa place. Ils ont mis un peu d'eau dans leur vin : sur un deal à 100K, au troisième rendez-vous, les interlocuteurs ont fini par demander à voir l'outil. Mais la vente à 90 000 euros par an s'est faite sans démo, sans même que le client la demande, sur la seule promesse d'avoir mieux compris le problème que les autres. Parce qu'au fond, tu n'achètes jamais un produit. Tu achètes des gens, et l'expérience de vente que tu donnes.
Les questions qu'on nous pose
Faut-il faire une démo pour vendre un logiciel ?
Pas par défaut. La démo est le chemin le plus court pour parler de toi au lieu de faire parler ton prospect de ses problèmes. Basalt a signé une vente à 90 000 euros par an sans en faire une seule. Elle peut arriver plus tard dans un cycle long, quand l'interlocuteur la demande, pas comme passage obligé du premier rendez-vous.
Comment vendre des deals plus gros ?
En changeant la nature du problème que tu adresses et en osant appeler plus haut. Quand tu ne peux pas vendre cher, c'est le signal que tu ne résous pas un vrai pain, et un vrai pain se vend plus facilement à un gros acteur qu'un petit gain à une petite structure.
Comment dépasser la peur d'appeler un grand compte ?
En levant les barrières une par une plutôt qu'en attendant un déclic. Le décideur d'un très grand groupe reste un humain, et le pire scénario, la porte prise en pleine figure, est plus petit qu'il n'en a l'air : François s'en est pris une mémorable et l'homme en question a liké son post LinkedIn quelques jours plus tard.
À lire aussi sur le sujet
Sales story : et si ton prospect était le héros, la mécanique exacte qui remplace la démo quand tu veux faire parler l'autre de son problème.
C'est trop cher : que répondre à l'objection prix, utile quand tu passes de paniers à 6K à des contrats à plusieurs centaines de milliers.
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Invité
François de Fitte et Guillaume Marquis
François de Fitte HEC, cofondateur de Popchef (100 salariés, 15M€ levés, Forbes 30 Under 30). Cofondateur et COO de Basalt. Guillaume Marquis Ingénieur chez Lemon Learning puis Solidy (Web3). Cofondateur et CEO de Basalt, lancé avec le studio Hexa en 2024.
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