Stéphanie Pfeiffer

Syndrome de l'imposteur : un signal, pas une maladie | Radio JAB #86

Le syndrome de l'imposteur n'est pas une maladie. C'est le signal que tu es en train d'essayer de faire des grandes choses.

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« Le syndrome de l'imposteur, ce n'est pas une maladie. C'est le signal que tu n'es pas en train de jouer ton jeu. » Stéphanie Pfeiffer

Tu as un deal important en face de toi, un dirigeant qui fait ce métier depuis quinze ans, et une petite voix qui te dit qu'il va se rendre compte que tu n'as rien à faire là. Ta boîte est jeune, tu n'as pas encore beaucoup de clients, et tu passes ta préparation à anticiper le moment où on va te démasquer. Dans cet épisode solo, Steph ne te propose pas de te soigner. Elle te propose de décoder ce que ce doute veut vraiment dire, et de t'en servir pour gagner.

Ce qu'on aborde dans cet épisode :

  • Pourquoi le syndrome de l'imposteur n'est pas un virus mais un péage à l'entrée de l'autoroute.

  • Le vrai déplacement : ta valeur n'est pas dans tes réponses, elle est dans tes questions.

  • Le réflexe du name dropping quand ta banque expertise est à sec.

  • Le mot « encore » qui transforme un doute en plan d'action daté et chiffré.

  • Challenger au lieu de te justifier, et sortir du jeu de la comparaison.

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Ce n'est pas une maladie, c'est un péage

Le syndrome de l'imposteur, c'est cet état d'anxiété presque paranoïaque où tu te dis qu'un jour les gens vont te démasquer, parce qu'ils vont se rendre compte que tu n'es pas compétent alors que tu as prétendu l'être. C'est le fake it till you make it des Américains, avec la voix qui ajoute : là, ça tient, mais je ne mérite pas d'être ici. Au fond, c'est un énorme décalage entre la valeur que tu penses avoir et la valeur que tu penses renvoyer.

Premier mythe à bouleverser : ce n'est pas une maladie. Le mot syndrome nous pousse à chercher des médicaments et des pansements. Mais ce n'est ni un bug, ni un virus, ni quelque chose dont il faut te soigner. C'est un signal, et le premier travail est de le décoder.

Alors regarde quand ça se déclenche. Est-ce que tout le monde sur terre ressent ça ? Pas forcément. Les gens qui questionnent leur légitimité sont des gens qui essaient de faire de grandes choses. Repense à la dernière fois : tu venais de te mettre un niveau de challenge au-dessus. Construire une boîte visionnaire et la défendre devant des investisseurs. Signer un panier moyen que tu n'avais jamais atteint. Steph parlait la veille avec une cliente qui s'est fait challenger sur un deal à plusieurs centaines de milliers d'euros, avec une start-up jeune.

D'où l'image du péage. Tu roulais sur ta départementale, limitée à 70, tu connais la route par cœur, c'est confortable. Pour prendre la route qui va vite et qui t'emmène loin, il faut payer le petit péage. Cette zone d'inconfort n'est pas une pathologie, c'est le prix d'entrée. C'est normal de douter. La vraie question, c'est ce que tu en fais.

Ta valeur n'est pas dans tes réponses

La peur d'être démasqué disparaît si tu n'as plus l'impression qu'il y a quelque chose à démasquer. Ce qui oblige à poser la question de fond : qu'est-ce que tu vends vraiment, quelle est ta valeur ?

Si tu ancres toute ta valeur sur les réponses et sur la solution, tu auras forcément peur de ne pas être à la hauteur. Ta boîte est jeune, tu as peut-être moins de dix clients, ton produit ne sera pas parfait. Le problème n'est pas là, il est dans l'endroit où tu as posé ta valeur.

Parce que vendre, c'est faire bouger l'autre. Le mettre en action, le faire changer un peu, ne serait-ce qu'avec une conversation. Et ça, tu n'as pas besoin d'un produit parfait pour le faire. Tu as besoin de savoir questionner, de faire sortir quelqu'un de sa zone de confort, de lui montrer ses angles morts.

Le retournement est complet : ce que tu prends pour ta faiblesse devient ta force. Ta jeunesse, ton manque d'expérience, c'est de la fraîcheur. Face à un dirigeant en poste depuis longtemps, souvent assez seul, qui utilise les mêmes solutions encore et encore, quelqu'un qui vient bousculer son regard a une valeur énorme. Encore faut-il oser.

Cette posture maïeutique est inconfortable parce que ce n'est pas ce qu'on a l'habitude de faire. Elle te rend antifragile. C'est très difficile de te challenger sur la qualité de ton produit quand ce n'est pas ça, le sujet de la vente. Personne n'attend que tu aies toutes les réponses à tout. Est-ce que toi tu l'attends de quelqu'un ? On attend de toi que tu mettes l'autre en mouvement. Ça vaut en vente avec des décideurs, en management, en leadership, et probablement dans l'éducation de tes enfants.

Premier recadrage à te répéter : je suis légitime à mettre l'autre en mouvement, je suis légitime sur les questions que je pose, pas sur les réponses que je suis censé apporter.

Le name dropping, ou la banque expertise à sec

Un exemple très concret, tiré d'un coaching de la veille. Un client attaque un nouveau marché. Il a très peu de clients dessus, donc il ne se sent pas légitime quand il appelle un dirigeant. Son réflexe par défaut : le name dropping. Je travaille déjà avec untel et untel, on pourrait se rencontrer.

Or ce n'est pas du tout ce qu'il fait sur le secteur automobile, où il a beaucoup de clients. Là, quand il veut rencontrer un décideur, il vend de l'expertise et de l'insight. Il prend ses rendez-vous sur la base d'une réflexion, d'une intelligence qu'il a produite, et de la valeur qu'il donnera pendant le rendez-vous.

La métaphore de l'épisode est parlante : je n'ai plus trop d'argent dans ma banque expertise, alors je vais compenser en piochant sur mon livret A crédibilité. Sauf que ça renforce le syndrome de l'imposteur, parce qu'au fond tu sais toi-même que tu devrais bosser ton expertise. Ils ont travaillé le fond, et les rendez-vous se sont débloqués.

Construire ta légitimité de l'intérieur

Il a toujours existé et il existera toujours des preuves externes de légitimité : les magazines, les power users, les influenceurs, les fonds qu'on cite. Le problème, c'est que si tu attends ces signaux pour te sentir légitime, tu risques de ne pas aller très loin, et l'aventure sera assez pauvre. Personne n'arrivera un jour dans ton bureau avec la médaille de la légitimité.

  • Commence par une décision. À chaque fois que la pensée arrive, tu l'évacues : écoute mon poteau, pas aujourd'hui. Tu fermes la porte, tu restes focus sur l'action. Il y a 1 500 trucs plus importants à faire que douter de toi.

  • Fais le reality check. On surestime énormément le temps que les gens passent à nous regarder. Les gens te challengent quand ils sont en face de toi, et deux minutes plus tard ils n'y pensent plus. Personne ne fera de sa mission de vie de venir te démasquer. La personne qui te scrute le plus, c'est toi.

  • Utilise le mot « encore ». Pas « je suis nulle en vente », mais « je ne suis pas encore forte en vente ». Et ne t'arrête pas là : quand le seras-tu ? Pas juste une date. Combien de personnes à qui parler, combien d'avis positifs à recevoir, pour quand ? Et boum, tu as un plan d'action avec des objectifs, une deadline et une vraie raison de te driver.

  • Challenge au lieu de te justifier. Quand le gros directeur te dit que ça fait seulement deux ans que tu as créé ta boîte, tu as deux autoroutes. Celle de la justification, qui se passe mal. Et celle du challenge : oui, et ? C'est un problème ? Puis le silence. Souvent, l'autre se rend compte que c'était une question en pilote automatique. Parfois il te donne un vrai point, et là tu peux le rassurer.

Sortir du jeu de la comparaison

Le dernier outil s'attaque à la mécanique elle-même : je renvoie une image, on me renvoie une image de moi-même. Comment casser le cycle et arrêter de dépendre du regard des autres ?

En développant ta singularité. Sortir de la comparaison, c'est décider de ne plus être comparable, donc travailler ce qui fait de toi quelqu'un d'unique. Plus tu t'extrais du jeu de la comparaison, moins tu seras comparé. Il est très difficile de se sentir imposteur quand personne ne fait ce que tu fais.

À l'inverse, si tu te construis en regardant en permanence le marché, les concurrents, les gens comme toi sur LinkedIn, ça ne nourrit rien de bon : ça te lisse, ça te conforme, ça te compare. L'enjeu n'est pas d'être meilleure. C'est d'être différente, c'est d'être soi.

L'exercice à faire aujourd'hui : pars d'une feuille blanche, note toutes tes expériences et toutes tes convictions, et cherche ce qui, dans leur articulation, te rend unique et incomparable. Crée ton propre référentiel et valorise ce qui est unique en toi. Parce que tu ne seras jamais successful dans un jeu dont ce n'est pas toi qui as décidé les règles du succès.

Les questions qu'on nous pose

Comment surmonter le syndrome de l'imposteur en vente ?

Déplace ta valeur des réponses vers les questions. Tu n'es pas légitime parce que ton produit est parfait ou parce que ta boîte est ancienne, tu es légitime parce que tu mets l'autre en mouvement et que tu lui fais voir ses angles morts. Une fois cette valeur posée là, il n'y a plus rien à démasquer.

Que répondre à un client qui doute de ma légitimité ou de la jeunesse de ma boîte ?

Ne pars pas sur l'autoroute de la justification. Renvoie la question : oui, et ? Est-ce que c'est un problème ? Puis laisse le silence. Souvent la question était en pilote automatique. Et si elle est réelle, tu tiens enfin le vrai point à traiter au lieu de te défendre dans le vide.

Le syndrome de l'imposteur est-il une maladie ?

Non. C'est un signal, pas un virus, et il apparaît surtout chez les gens qui essaient de faire de grandes choses. Le voir comme une pathologie te pousse à chercher des pansements. Le voir comme le péage à l'entrée de l'autoroute te dit exactement l'inverse : tu es en train de changer de route, continue d'agir.

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Stéphanie Pfeiffer

Steph décortique le syndrome de l'imposteur tel qu'elle le voit passer chaque semaine chez les entrepreneurs qu'elle accompagne, et partage les outils concrets pour construire une légitimité qui ne dépend de personne.

Moments

Les points clés de cet épisode

02:05

Le syndrome de l'imposteur n'est pas un bug, c'est un signal

Tu le ressens quand tu essaies de monter d'un cran. C'est peut-être juste le signe que tu es sur la bonne voie.

02:05

Le syndrome de l'imposteur n'est pas un bug, c'est un signal

Tu le ressens quand tu essaies de monter d'un cran. C'est peut-être juste le signe que tu es sur la bonne voie.

06:37

Ta valeur est dans les questions, pas dans les réponses

Personne n'attend de toi que tu aies toutes les réponses. On attend que tu mettes l'autre en mouvement.

06:37

Ta valeur est dans les questions, pas dans les réponses

Personne n'attend de toi que tu aies toutes les réponses. On attend que tu mettes l'autre en mouvement.

14:04

Le mindset du "pas encore"

Un mot qui change tout. Tu n'es pas encore légitime à vendre à ce prix ? Ok. Quand est-ce que tu le seras ? Combien de rendez-vous, combien de pilotes ? Et boum : un plan d'action

14:04

Le mindset du "pas encore"

Un mot qui change tout. Tu n'es pas encore légitime à vendre à ce prix ? Ok. Quand est-ce que tu le seras ? Combien de rendez-vous, combien de pilotes ? Et boum : un plan d'action

15:32

Challenger plutôt que justifier

Face à "ça fait deux ans que votre boîte existe", il y a deux routes. La justification, ou le silence suivi du challenge. L'une te rend petit, l'autre te rend légitime.

15:32

Challenger plutôt que justifier

Face à "ça fait deux ans que votre boîte existe", il y a deux routes. La justification, ou le silence suivi du challenge. L'une te rend petit, l'autre te rend légitime.

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