Stéphanie Pfeiffer

#84 - Hotline JAB - Peut-on vendre à un interlocuteur fermé ?

Dans cet épisode de Hotline JAB, on bouscule un mythe : pour vendre, il ne faut pas créer de l'émotion, il faut donner du sens au changement.

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Stéphanie Pfeiffer

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28 min d'écoute

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« Le sujet, ce n'est pas qu'il m'apprécie. Le sujet, ce n'est pas qu'il me trouve génial. Le sujet, c'est qu'il respecte mon expertise. » Julien Chiboun

Un directeur industriel de 55 ans, vingt ans de métier, assis sur ses convictions. Tu poses tes questions, il répond par des faits, rien ne bouge, et tu ressors du rendez-vous en te disant que tu n'as pas réussi à mettre d'émotion. C'est exactement la question posée par Baptiste dans cette Hotline JAB, et la réponse de Julien Chiboun déplace le problème : l'objectif n'est pas de créer de l'émotion, c'est de donner du sens au changement. Trois autres questions suivent, sur la vente au résultat et sur le décisionnaire qui te renvoie vers son opérationnel.

Ce qu'on aborde dans cet épisode :

  • Pourquoi la froideur de ton interlocuteur est d'abord un problème pour toi, pas pour lui

  • La différence entre chercher de l'émotion et chercher de l'approbation

  • Sortir de l'impasse rationnelle : vendre un changement plutôt que la résolution d'une équation

  • Vendre au résultat : par design ou pour sauver ta peau

  • Garder la main quand on te renvoie vers un chargé de projet

Un interlocuteur fermé, c'est d'abord une bataille d'attitude

Première chose dite dans l'épisode : ce n'est pas parce que les gens ne montrent pas d'émotions qu'ils n'en ont pas. Face à un prospect aguerri, il y a souvent une carapace forgée par l'expérience. Parfois c'est le secteur, parfois c'est une habitude d'achat assumée : au début on ne montre rien, on teste, on verra après.

Le vrai risque n'est pas là. Le risque, c'est l'effet que cette attitude produit sur toi. L'autre te renvoie que ça n'avance pas, ça déclenche tes propres émotions, tu perds le contrôle, et tu changes ta façon de faire. Jamais pour le mieux.

La réponse tient dans une posture : si lui n'a pas d'émotion, toi non plus. Tu deviens un docteur froid qui se lance dans son analyse. Il connaît bien son sujet, toi aussi, et sur tes sujets personne ne te teste. Tu tiens bon, même si dans un premier temps il ne comprend pas où tu veux en venir, parce que toi tu sais où tu vas. Le sujet, ce n'est pas qu'il t'apprécie ni qu'il te trouve génial. Le sujet, c'est qu'il respecte ton expertise.

Quelles émotions tu cherches, au juste

Qu'est-ce que tu cherches derrière le mot émotion ? Que vous rigoliez ensemble, ou l'émotion qu'on va vraiment chercher en vente, celle du « wow, c'est intéressant, je n'avais pas vu ça comme ça » ? La deuxième se provoque justement par l'attitude froide : décortiquer, comprendre, aller voir les écarts et ce que ces années d'habitude ont fait accepter comme une fatalité. Ce que tu cherches, ce n'est pas l'émotion de l'approbation.

Sortir de l'impasse rationnelle

Hugo enchaîne avec un cas très concret : un directeur industriel qui maîtrise son sujet depuis vingt ans, qui estime avoir atteint le maximum de ce qu'il pouvait faire, et pour qui l'innovation restante se limite à gratter un demi-pourcent par-ci par-là. Hugo a quand même quantifié : environ 10 millions par an de coût de fonctionnement. Mais il n'arrive pas à promettre le gain, le client atteint ses objectifs, le marché est de niche, il n'est pas concurrencé. Résultat : pas de besoin fondamental de bouger, et un vendeur coincé dans une impasse logique.

Hugo raisonne en ingénieur, ce qui est une force : il faut que l'achat tienne d'un point de vue rationnel, que l'équation soit résolue. Sauf que ça peut aussi limiter. La question qui débloque : est-ce que tu vends la résolution d'une équation, ou est-ce que tu vends un changement ?

Construire du ROI, quantifier, aligner la logique, c'est nécessaire. Ça ne suffit pas. Il faut aussi une envie de changer et du sens à changer. Pourquoi changer, c'est la question universelle de la plupart des deals B2B.

Deux angles pour rouvrir la conversation

  • Prendre le gain marginal au sérieux et le retourner. Si tu peux faire un peu mieux, ne pas le faire, c'est grave. Pourquoi tu ne veux pas aller le chercher ? Les achats faciles et les ajustements faciles, il faut les faire : c'est là que les intérêts composés se construisent.

  • Quitter l'optimisation pour la vision. Aller convaincre quelqu'un de faire plus 1 %, ce n'est même pas sûr d'y arriver. Ce qui marche, c'est de vendre à quelqu'un sa grande vision. Tu es où ? Où est-ce que tu pourrais aller ? C'est quoi ta vision ? Et cet ajustement évident, qu'est-ce qu'il cache comme rêve, comme ambition, comme vrai objectif ?

C'est là que la vente redevient un sujet personnel : le sens, l'avenir, ce qu'on construit, et la racine du truc. Tu as tout fait, tu as tout réussi, pourquoi tu restes là ? À quoi tu sers ? Ce terrain est presque toujours moins travaillé que le ROI.

Vendre au résultat : par design ou pour sauver ta peau

Troisième question, celle d'Isidore : quand on s'engage sur les résultats, comment garantir que ça ne coûte pas trop de moyens ? La réponse commence par un recadrage : c'est autant une question d'offre qu'une question de vente. Et surtout, il y a deux situations qui n'ont rien à voir.

  • Tu vends du résultat parce que tu maîtrises parfaitement ce que tu fais. Tu connais les inputs, les outputs, tu as déjà fait le chemin. Tu peux t'exposer, il n'y a pas de problème.

  • Tu vends du résultat parce que sinon on ne t'achète pas. Là tu surcompenses : tu essaies d'augmenter ton closing en réduisant le risque de l'autre.

Les deux peuvent se justifier. Au démarrage, sans client et sans référence, t'engager sur le résultat te met une pression saine de délivrer et t'aide à construire une offre dont tu es sûr. Plus tard, quand tu maîtrises, c'est intéressant pour la raison inverse : ça décorrèle la valeur du temps passé.

L'image utilisée dans l'épisode, c'est l'avocat. La première fois qu'il rédige un contrat complexe, il y passe des jours et des nuits, et il le vend à l'heure. Dix ans plus tard, il l'a fait des dizaines de fois, il part d'une base et ajuste. S'il continuait à facturer à l'heure, ça ne vaudrait plus rien. Ce que le client achète, c'est tout le travail et les répétitions du premier deal, maintenant sécurisés.

Reste le cas où l'engagement au résultat n'est pas ton choix mais une demande de l'autre. Quand un prospect te dit « ça a l'air super ton truc, si tu es confiant, vas-y », ça en dit plus sur lui que sur ta capacité à livrer : on n'a pas trouvé de vraies raisons de bosser ensemble et il teste parce que ça ne lui coûte rien. Le grand principe : trouver les bons modes pour les bonnes raisons, et savoir où tu es. Tout est ok, il faut juste le savoir.

Quand le décisionnaire te renvoie vers l'opérationnel

Dernière question : les rendez-vous se prennent bien, les décisionnaires sont chauds, puis arrive la phrase « maintenant il faut que tu voies avec mon chargé de projet ». Et là, ça n'avance plus.

Premier tri à faire : est-ce que tu emmènes quelqu'un dans un processus de résolution des problèmes que vous avez identifiés, ou est-ce que tu rentres dans son processus d'achat à lui ? Si ça n'arrive jamais jusqu'au bout, la question est brutale mais utile : est-ce que je suis vraiment en train de gagner ? Ai-je trouvé de vrais enjeux, de vraies raisons de travailler ensemble ? Ou est-ce que je suis en train de perdre et qu'il m'envoie aux équipes en se disant qu'on ne sait jamais ?

Deuxième cas : tu es en train de gagner, mais tu n'as pas embarqué l'autre dans ta façon de travailler. Parce que la solution n'est pas indépendante de la façon dont tu vends. Elle commence au moment où tu commences à vendre : le changement est amorcé dans ces conversations-là. Donc dès le début, tu vends ta méthodologie, ton approche, et tu l'incarnes.

Concrètement, tu poses un cadre au lieu de le subir : si la conversation te va, si ce qu'on discute te donne envie de bosser avec nous, voilà comment je pense qu'on doit travailler, il va se passer ça puis ça, est-ce que ça te va ? Je comprends que tu aies besoin qu'on parle avec les équipes, on les intégrera rapidement, mais allons d'abord au bout de notre conversation. Et une nuance à garder en tête : est-ce qu'on va voir les équipes pour être sûr de vendre, ou pour construire la bonne solution ? Ce n'est pas pareil. Sans ça, tu retombes dans ton default mode et tu te laisses emmener par leurs habitudes, alors que ce sont justement leurs habitudes qui ne marchent pas.

Les questions qu'on nous pose

Comment vendre à un client fermé ou très rationnel ?

Tu tiens ton rôle d'expert au lieu de chercher à être apprécié. Tu restes factuel, tu décortiques, tu poses des questions qui lui font voir son métier autrement. La froideur de l'autre n'est pas un verdict sur ton deal, c'est une carapace : ce qui compte, c'est qu'elle ne modifie pas ta façon de faire.

Comment créer de l'émotion en rendez-vous de vente ?

En arrêtant de la chercher pour elle-même. L'émotion utile en vente n'est pas la connivence ni l'approbation, c'est le moment où l'autre voit un écart qu'il n'avait pas vu. Tu la provoques en creusant ce qu'il a fini par accepter comme une fatalité, et en reliant le sujet à sa vision plutôt qu'à un gain de 1 %.

Que faire quand le prospect dit que tout va bien ?

Tu vérifies si tout va bien ou s'il s'est fait une raison. Puis tu déplaces la conversation : où est-ce que tu pourrais aller, c'est quoi ta vision, et qu'est-ce que cet ajustement évident cache comme ambition réelle. Et si le gain est petit mais sûr, retourne-le : pourquoi tu ne veux pas aller le chercher ?

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Moments

Les points clés de cet épisode

00:00

Un interlocuteur fermé, c'est une bataille d'attitude

Ce n'est pas parce qu'un prospect ne montre aucune émotion qu'il n'en a pas. Le vrai risque, c'est l'effet que sa carapace produit sur toi.

00:00

Un interlocuteur fermé, c'est une bataille d'attitude

Ce n'est pas parce qu'un prospect ne montre aucune émotion qu'il n'en a pas. Le vrai risque, c'est l'effet que sa carapace produit sur toi.

07:32

Sortir de l'impasse rationnelle

Face à un client qui estime avoir tout optimisé, le gain marginal ne fait pas bouger. Ce qui fait bouger, c'est le rêve ou l'ambition que cache l'ajustement.

07:32

Sortir de l'impasse rationnelle

Face à un client qui estime avoir tout optimisé, le gain marginal ne fait pas bouger. Ce qui fait bouger, c'est le rêve ou l'ambition que cache l'ajustement.

11:42

Vendre au résultat : par design ou pour sauver ta peau

S'engager sur les résultats, c'est autant une question d'offre que de vente. Vendre du résultat parce que tu maîtrises ton process n'a rien à voir avec le promettre pour signer.

11:42

Vendre au résultat : par design ou pour sauver ta peau

S'engager sur les résultats, c'est autant une question d'offre que de vente. Vendre du résultat parce que tu maîtrises ton process n'a rien à voir avec le promettre pour signer.

22:00

Quand le décisionnaire te renvoie vers l'opérationnel

« Vois avec mon chargé de projet », et tout s'arrête. Premier tri : tu emmènes ton client dans ta résolution de problème, ou tu entres dans son processus d'achat ?

22:00

Quand le décisionnaire te renvoie vers l'opérationnel

« Vois avec mon chargé de projet », et tout s'arrête. Premier tri : tu emmènes ton client dans ta résolution de problème, ou tu entres dans son processus d'achat ?

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